mercredi 5 décembre 2007

manifeste du "O" version avec BDs présentes dans le tome 0.1

manifeste
O


La liberté ne se donne pas, elle se prend.







Etat des lieux :
Au Maroc, en 2007, deux écoles et un atelier forment de jeunes humains à l’art de la Bande dessinée depuis presque 10 ans. Les rares expériences d’édition et de publication restent des échecs ; parfois par manque de qualité, d’audace mais surtout de réalisme éditorial. Ces projets furent calqués sur un modèle européen, narrativement et éditorialement, sur un modèle vieux de plus d’un siècle, chargé de ses gloires et de ses hontes, sur un modèle qui nie une narration née il y a moins de 20 ans. Un modèle colonial. Safi.
Aujourd’hui, le Maroc change, la bande dessinée peut et doit accompagner cette (r)évolution. Les jeunes artistes de ce pays débordent d’histoires et de talent, de rêves et de cauchemars.
Il ne leur manque plus, maintenant, que le moyen adapté pour rencontrer les lecteurs. C’est une des missions prioritaire du “O” Qui sommes nous ?
Nous venons de toutes origines géographiques, ethniques, sociales et culturelles.
Nous sommes un groupe sans appartenance politique, religieuse ou philosophique. Dans le “O” chacun peut et doit s’exprimer librement et sincèrement, sans autre censure que celle des autres membres du “O”.
Notre indépendance est essentielle et non négociable. Aucune subvention autre que celle des lecteurs lors de l’achat d’un livre “O”, ou des membres du “O” ne peut exister. Chaque auteur est propriétaire de ses dessins et libre de les vendre pour son profit.
Pour s'inscrire dans le “O”, l‘unique condition est de présenter 5 pages de narration aux anciens membres du “O”, et que 5 de ces membres donnent leur accord à la publication. Dès lors, le nouveau membre devra dessiner son Icône Circulaire et se verra remettre un t-shirt à cette image qui le représente. Il pourra alors prendre part aux décisions importantes lors des réunions hebdomadaire du “O”.
Les soutiens divers (graphistes, vendeurs, penseurs, amis…) prenant part à l'expansion du “O”, se verront intégrés suite à une présence bénéfique pour le “O”.
Nous ne discriminons nos membres sur aucun critère existant.
Nous nous apportons soutient, écoute et respect. Nous sommes tous différents et nous enrichissons de nos spécificité et rions de nos ressemblances.
Nous sommes les sans noms qui observons et traduisons ce qu’il se passe et ceux qui passent. Nous voulons être la voix de ceux qui ne sont pas entendus.

Que voulons-nous ?
Nous voulons que notre travail soit reconnu par nos parents, qu’il aide nos frères, amuse et fasse réfléchir nos enfants. Nous voulons vivre de ce travail et que ce travail fasse parti de nos raisons de vivre.
Nous voulons créer une narration Maroco-Africaine comme l’Europe, l’Asie et l’Amérique se sont trouvée la leur. Nous avons chacun notre histoire, nos richesses, notre culture et devons inventer notre façon de les partager avec le monde entier.
Nous prônons le rapprochement par la compréhension entre citoyens de tous pays.
Nous voulons donner à voir ce que d’autres peinent à cacher. Nous voulons que notre travail parle à l’humble, au riche, au paysan, au citadin, au puissant et au faible.
Nous voulons être le lien qui nous manque pour construire un avenir plus juste, ici et là bas.

Comment allons-nous opérer ? (Voir aussi la charte graphique)
Nos histoires sont libres et c’est librement qu’elles doivent se partager.
Nous imprimons nos histoires en plusieurs langues sur papier bon marché et au moyen de la photocopieuse. Le coût de reviens est proche de 2 DH pour un livre de 32 pages au format A5 (8 feuilles A4 pliées en deux et agrafées en leur centre). Le prix de vente est fixé à 5DH. Nous allons publier plusieurs numéros et chaque numéro comportera des histoires entières ou à suivre. Puisque la BD n’existe pas encore ici, la place est grande ouverte pour les audaces narratives.
La diffusion est un élément aussi capital que la création de nos histoires. Puisque les gens ne viendront pas vers nous car ils ne nous connaissent pas, nous devons aller vers eux.
Nous allons donc diffuser ces histoires de 3 façon différentes et complémentaires :





-phase 1-


Diffusion gratuite dans des lieux stratégiques de rassemblement et d’attente des gens vivants à nos cotés (ex : source d’eau ; arrêt de bus ; taxis collectifs ; place et rue de souk, hanout). Cette diffusion doit être adaptée à chaque endroit ou opère le “O”. La promotion de nos livres, de nos histoires et de nos réflexions se fera au moyen d’affiches ou de Tags. Chaque numéro sera envoyé à une liste d’organismes, de rédactions de journaux et de personnes influentes.


-phase 2-


Diffusion payante dans les points stratégiques (ex : école, collège, lycée, faculté, centres villes, souk et dans les endroits où la diffusion gratuite a bien fonctionné.) La présence quotidienne à heures fixes sur plusieurs jours est essentielle à la réussite du projet. Les fonds de départs doivent être investi par les membres du “O”.
Les bénéfices seront réinjectés à 75% dans la fabrication et la diffusion des futurs numéros du “O” et à 25% à une caisse de solidarité que les membres du “O” pourront décider d’utiliser pour aider les personnes qui en ont besoin, membre ou pas du “O”.


-phase 3-

Organisation de fêtes populaires (annoncées via le dos du livre, le blog internet et les affiches) réunissant les membres “O” et leurs amis musiciens, plasticiens, boulangers, médecins, vieilles femmes dans un esprit de partage, d’échange de savoir et de plaisir. Les anciens numéros du “O” seront vendu à cette occasion. Les futurs membres et les gens intéressés pourront échanger avec les auteurs et membres du “O” . Tous seront invités sans aucune discrimination. Toutes nos pages seront lisibles, visibles et téléchargeables sur internet.Ils ont réussi à nous faire croire que nous étions faible... cela va changer.

O




TETOUAN 05-12-2007

schaar louwel (le premier mois)

Un mois.
Il y a juste un mois, Julie pleurait dans mes bras à l’aéroport. Je prenais l’avion et écrivait les premières lignes sur mon blog.
Il y a juste un mois j’étais empli de questions, de la manière de laver mon linge à la manière de changer le monde.
Aujourd’hui, je sais comment laver mon linge.
Ici depuis un mois.
J’ai passé la première semaine de mon séjour à Casablanca, en compagnie de mon vieil oncle Aziz et de sa nouvelle femme. A Casa j’ai parlé pour la première fois de mon projet de nouvelle diffusion de la bande dessinée adaptée à ce lectorat marocain encore inexistant. J’y ai eu les premières déceptions et surtout les premières précisions. J’y ai rencontré les étudiants des beaux arts et pris les premiers contacts.
La deuxième semaine, arrivée à Tétouan. Retrouvaille dans la joie, début des discussions, des questions et des réponses. Rythme soutenu entamé. Le projet se précise encore et prends son nom : « Le cercle » ; « O ». Les étudiants et amis s’emballent, ce projet les séduit. Les nuits se font plus courtes et le travail s’intensifie.
Début de la troisième semaine, les étudiants Belges arrivent.Mon rythme se boulverse encore. Commence alors à se mêler fêtes, ballades et rencontres humaines. C’est le lendemain de leur arrivée que doit se passer la première réunion officielle du « O ». Je suis fatigué et démesurément angoissé. Comment vais-je pouvoir enthousiasmer, sinon le plus grand nombre, les personnes les plus capable de soutenir ce projet tellement ambitieux, puisque moi-même, je doute ? Comment sortir cete histoire de nos têtes et de nos rêves afin de le rendre vivant ? Je n’y crois plus. La première réunion avorte pour des causes indépendantes de ma volonté mais me soulage temporairement. Elle est reportée au Vendredi suivant. Deux jours gagnés me dis-je... erreur.
Insomnie et découragement. Trouille bleue et envie de vomir dans les instants précédents ce rendez-vous capital. Les Belges, les Marocains, les étudiants et les profs, les amis et les inconnus, ils sont là et attendent que je leur explique pourquoi je crois en l’avenir de cet art inconnu dans ce pays, et surtout comment je compte m’y prendre pour réaliser ce rêve. Mais je ne viens pas les mains vide, pour me soutenir, la première version du manifeste. Il est distribué et discuté. « Ambitieux », « révolutionnaire », « mouais »… Le « O » grandit et les imaginations de chacun se l’approprient. Les plus déterminés commencent à sortir des rangs.
Quatrième semaine, presque aucune avancée majeure dans le « O ». Je stagne, il stagne, donc je doute. Les voyageurs belges et leurs jolies consoeurs passantes prennent beaucoup de place, je me sens comme leur grand frère ici, bien que je ne sois pas chez moi, je suis leur responsable, c’est comme ça. Avec eux des petits problèmes d’organisation prennent du temps et de l’énergie, des minuscules problèmes prennent beaucoup de temps et encore plus d’énergie. Je dors peu, cogite trop et en paye le prix dimanche matin.
Nous sommes le 2 décembre, le temps est radieux sur la petite bourgade de Martil. Je m’apprête à laisser etudiants marocains et belges jouer au foot car je dois regagner Tétouan afin de mettre au point beaucoup de choses en prévision du voyage « O » que j’ai prévu pour le mercredi suivant. Il est essentiel et ne peut être retardé. Il sera le voyage du lancement du « O » à Casablanca, Kenitra et Rabat. Au vu du calendrier des fêtes religieuse, il doit avoir lieu maintenant, et le numéro 0 (manifeste et charte graphiue) du « O » doit être achevé, traduit en français et en arabe, enluminé des dessins de votre serviteur, mis en page et imprimé à une centaine d’exemplaires. Le temps presse et les rires des amis me montent au cerveau. « Tu joues pas Cédric ?» Je réponds « non, non, franchement non !»depuis quelques jours, mais là, le soleil, les rires et le destin me font répondre positivement. Mon vieux corps entre donc sur le bitume écaillé et effectue péniblement les remous nécessaire à ce jeu convivial et féroce. Moins d’une dizaine de minute apres, juste le temps de commencer à transpirer, et un contre-pied fatal expédie mes lombaires à quelques centimètres de leur logement initial. Douleur. Putain de douleur foudroyante.
C’est tout plein d’une noblesse digne des plus grands invertébrés que je sors sans moufter du terrain. C’est tout plein de l’humilité de l’infirme que j’annonce mon état à la première aimable personne qui me lance un « ben tu joues plus ?!? ». C’est tout plein de l’ironie divine que je tape sur ce clavier, sourire en coin et souffrance en bas.
Depuis dimanche je me traîne chez Simo (mon petit frère), essaye de me reposer, y arrive, et rage de ne pouvoir avancer sur le « O », car désormais, de sa théorie, je n’en peux plus, de l’action il faut pour enfin le sentir vibrer et vivre. Bien sur le voyage (et ses dizaines d’heures d’autobus et de train) est reporté à la semaine prochaine. Je prends, sur les conseils du pharmacien francophile, de petites fusées que mon colon avait oubliés depuis des décennies combinées à une crème brûlante dont l’emballage stipule sévèrement « uniquement sur prescription médicale ».
Voilà, un mois s’est écoulé, très vite bien sûr, heureusement bien entendu. Je parle de mieux en mieux l’arabe marocain, c’est normal. Mes cheveux poussent, mon désir de te revoir aussi.
Mes proches commencent à me manquer sérieusement. A Paris, la petite Céline commence à sentir son bébé bouger dans son ventre, et je voudrai être près d’eux. Ma nièce doit continuer ses cours de harpe. Mon père sera bientôt en retraite et Al doit toujours gagner des billets en fermant des portes de limousines et travailler avec les autres à écrire un monde plus rigolo.
A Tournai, le petit Baptiste doit mesurer quelques centimètres de plus et ses parents doivent se parer de cernes plus marqués. Hamid, mon grand frère, vit les derniers instants difficiles d’une entreprise qui sombre, mais j’espère qu’il vivra vite l’espoir de la prochaine création qui le passionera. Ma toute jolie Jj vit encore sûrement les montagnes russes affectives, Fatiha doit toujours être surprise par tant de choses nouvelles, le Gamin et le Vieillard doivent s’en boire une à l’occasion à ma santé, et la jeune femme qui me pousse à avancer, je l’espère, pense à moi de temps à autres.

Il ne me reste plus que quatre mois.
Plus que quatre mois ici pour se voir ériger ma statue en tant que bienfaiteur de l’humanité.... Le projet « O » doit survivre à mon départ. Ce n’est que comme ça qu’il sera justement réussi. C’est la première pierre que je veux poser. Peut-être un jour devra-t-il mourir, mais laissons ça au futur car, à présent, ce qui m’importe, c’est sa naissance !
Plus que quatre mois...